Le coin de l'investisseur
  L'ABC de la Bour$e
  Transactions d'initiés
  Vos finances/Internet
  Liens utiles
  Bibliographie
  Les ratios

 

 

  9 août 1999
Cinq principes pour profiter des transactions d'initié
s
 
Bernard Mooney
 
 
 
 

La semaine dernière, la compagnie Microtec a annoncé par voie de communiqué que des dirigeants de l’entreprise avaient acheté pour 100 000$ de leurs actions. Microtec commercialise des services de protection et de sécurité contre le vol, surtout dans le marché résidentiel. Il est assez rare qu’une société clame haut et fort que ses dirigeants achètent de ses actions. Évidemment, la direction cherche à attirer l’attention des investisseurs sur son titre qui a perdu beaucoup de sa valeur depuis les 12 derniers mois. L’histoire dira si Microtec réussira, mais voilà une occasion de s’attarder sur cinq principes de base pour profiter des transactions d’initiés.

Avant d’aborder ces principes, il convient d’expliquer ce qu’on entend par les initiés et leurs transactions. Un initié est une personne physique ou morale liée de près à une entreprise ouverte. Ainsi, on divise généralement les initiés en trois catégories : les actionnaires importants (au moins 10% des actions au Canada et 5% aux États-Unis), les membres du conseil d’administration et les dirigeants d’entreprise. La loi sur les valeurs mobilières veut que ces personnes divulguent les transactions sur les actions de la compagnie pour laquelle elles sont initiés. Aux États-Unis, les initiés ont jusqu’au dixième jour du mois suivant leur transaction pour la divulguer alors qu’au Canada, aux dernières nouvelles, c’était jusqu'à la fin du mois suivant.

1er PRINCIPE : les initiés battent le marché!

Il y a plusieurs années, des études avaient démontré que les initiés dans leurs transactions avaient tendance à mieux faire que le marché boursier en général, autant ici au Canada qu’aux États-Unis. D’autres études ont par la suite mis ces résultats en doute. Or, de nouvelles recherches plus récentes confirment la pertinence des transactions d’initiés. Par exemple, Andrew Metrick de l’université Wharton et Leslie Jeng et Richard Zeckhauser de Harvard ont bâti des portefeuilles hypothétiques avec tous les achats d’initiés pour les dix années terminées en 1996. En moyenne, ces portefeuilles ont battu les indices de 7,4% par année.

Les plus futés diront que les initiés ont l’avantage de savoir ce qui se passe dans leur entreprise, avant tout le monde à l’extérieur. C’est vrai. Ils diront également qu’une fois qu’ils ont divulgué leurs achats, il est trop tard car le titre s’est déjà apprécié. Ce n’est pas tout à fait vrai. Selon l’étude, environ 33% de la surperformance survient avant la divulgation. Il reste donc tout de même un 5% de performance supérieure, ce qui est loin d’être négligeable.

2e PRINCIPE : ne vous laissez pas influencer par les ventes d’initiés

Si vous relisez attentivement le premier principe, vous découvrirez que l’on parle spécifiquement d’achats d’initiés. C’est pour une très bonne raison : les ventes d’initiés n’ont aucune signification pour un investisseur. L’étude mentionnée plus tôt a également bâti des portefeuilles de titres sur la base des ventes d’initiés. Or, la performance de ces portefeuilles a été identique à celle du marché boursier. D’autres études sont parvenues aux mêmes résultats.

Lorsqu’on s’y arrête un moment pour y réfléchir, c’est normal. Lorsque vous achetez un titre, je connais votre motivation première: vous voulez faire de l’argent. Par contre, lorsqu’un dirigeant vend de ses actions, ce peut être pour plusieurs raisons :

  • diversifier son actif;
  • encaisser une partie de sa rémunération car de plus en plus de dirigeants reçoivent une partie de leur salaire sous forme d’options;
  • payer sa facture d’impôts après avoir exercé de ses options;
  • il veut se faire bâtir un château en Espagne;
  • il veut acheter une automobile de luxe à sa maîtresse...

L’aspect important à noter est que vous ne pouvez pas être certain que le dirigeant vend parce qu’il constate que sa société est en déclin ou que son titre est beaucoup trop cher. Il n’y a aucune façon de connaître avec certitude ses motivations, à moins de le connaître intimement. Vous ne devriez donc pas vous laisser impressionner par les ventes d’initiés. Ce n’est pas du tout une raison pour vendre le titre.

3e PRINCIPE : Les initiés ne sont pas tous égaux

On a classé les initiés selon trois catégories. Or, les transactions d’initiés sont loin d’avoir la même signification pour l’investisseur extérieur. Les meilleurs initiés quand vient le temps d’acheter leur titre sont les présidents, suivis par les membres de la haute direction. Ensuite, on retrouve les administrateurs et à la toute fin, les actionnaires importants. Cela signifie qu’en principe un achat d’un président est plus significatif que celui d’un administrateur. Vous pouvez donc avoir plus confiance lorsqu’un président achète de ses actions. En général, on aime également qu’un vice-président Finance achète des actions de sa compagnie. Même si aucune donnée empirique le confirme, le vice-président Finance est souvent le dirigeant le plus sophistiqué quant à la compréhension des marchés financiers. Il y a donc une bonne chance que ses achats soient plus pertinents que ceux d’autres dirigeants.

Les achats des actionnaires de contrôle ou importants sont les moins significatifs. Par exemple, de plus en plus de familles de fonds mutuels déclarent maintenant leurs participations dans les sociétés ouvertes. Ces transactions d’initiés ont très peu d’importance, surtout parce que la plupart de ces fonds mutuels achètent des centaines de titres. C’est également vrai pour les transactions des caisses de retraite comme la Caisse de dépôt et placement du Québec.

4e PRINCIPE : «Small is Beautiful»

Selon Nejat Seyhun, professeur à l’Université du Michigan, les achats d’initiés sont plus significatifs lorsqu’ils visent les titres à petite ou moyenne capitalisation que ceux des plus grandes sociétés. M. Seyhun a fait plusieurs recherches sur les transactions d’initiés et a écrit le livre Investment Intelligence from Insider Trading. Sa conclusion est très sensée quand on sait que les titres à grande capitalisation sont suivis et scrutés à la loupe. Il y a des dizaines et dizaines d’analystes financiers qui suivent les faits et gestes des Microsoft de ce monde, alors que très peu s’intéressent aux Microtec!

5e PRINCIPE : Faites vos devoirs

Même si les études révèlent que les achats d'initiés font mieux que le marché boursier dans son ensemble, cela ne fait pas de ces transactions une panacée pour devenir riche à la bourse sans se fatiguer. La réalité est un peu plus capricieuse. En effet, en soit, un achat d’initié sur un titre en particulier ne fait que vous informer que cette personne a confiance dans sa compagnie, assez pour investir de son propre argent. Maintenant, cet individu manque peut-être carrément de jugement (on a vu des achats d’initiés dans des entreprises qui ont fait faillite quelques mois plus tard). Également, il est possible que lorsque vous prenez connaissance de la transaction, cet initié regrette sa décision en raison de certains développements imprévus.

On ne peut donc pas utiliser aveuglément les achats d’initiés comme des signaux fiables d’achat. Ce sont des points de départ, des indications. Par exemple, si vous remarquez des achats d’initiés sur un titre qui vous a toujours intrigué, vous devriez vous pencher davantage sur la compagnie. Le meilleur exemple est Microtec : les achats des dirigeants représentent un signal pour l’investisseur intéressé qu’il devrait approfondir son étude de cette compagnie et de ses perspectives. Car même s’il est percutant de voir des initiés acheter de leurs actions, il faut malgré tout faire ses devoirs avant de décider d’acheter un titre.